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Full text of "Pseaume paraphrasé par le Tiers-État, ou, Tout ce qu’on voudra. "


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P s E A U M E 



PARAPHRASÉ 



PAR LE TIERS-ÉTAT, 



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TOUT CE QU^ON VOUDRA; 




I l mi l . if 



1789, 



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PSEAUME PARAPHRASÉ 

PAR LE TIERS-ÉTAT, 

o u 

TOUT CE QU*ON VOUDRA. 

JVl ON ARQUE bienfairant écoute 
nos prières , & que nos cris par- 
viennent jufqu à ton trône. 

Ecoute la juftice qui parle au 
fond de ton cœur, & laîfle tom- 
ber tes regards fur la partie im- 
fnenfe de ton peuple, qui eft le 
feul foutlen de ton royaume , & 
contre laquelle l'autre petite par- 
tie emploie tant d'efforts, pour 
achever de récralen 

A ij 



Daigne réfléchir fur nos récla- 
mations (1)3 elles font dl£î:ées par 
cette liberté & cette noble franchlfe , 
qui doivent vivre dans le cœur de 
tous ceux qui fe difent François. 

Souviens-toi que nos ancêtres 
ont fondé ^ ont affermi la Monar- 
chie, & que, pour toute récom- 
penfe , on a rendu efclave & mis 
en oubli leurs defcendans. 

Ne te laiife pas féduire par les 
foupleifes Jes baffes repréfentations 
d'un troupeau d'hommes, qui ne 
vit que de la ruine de fes fembla- 
bles^ qui doit fcs richeffes à la four- 



(i) Plufîeur.s perfonnes n'aiment pas le mac 
doléance, &: elles ont raifon; c'efl un mot qui 
ne doit pas être prononcé par des fujets libres. 



(5) 

berîe^ (on crédit à de criminelles 

intrigues, & (es titres à d'heureufes 
trahifons. 

On te compare à Henri IV, 
continue d'imiter fès vertus , fou- 
viens-tOL^^/^ s'en praidre à ton peu- 
ple., ccjl s'en prendre a- toL 

Seconde ton vertueux minière; 
fais qu'il ne nous dife plus qu'il eil 
£orcé de facrifîer la raifon à de vils 
préjugés^ &.de préférer des formes 
aux principes qu'elle feule doit dic- 
ter (iX 



(i) Dans le préambule des lettres de convo- 
cation, onJit ces paroles : « Cependant le re^ 
» ped pour, les anciens ufages , & la nécefîilé 
H de les concilier avec Içs circonflances pré- 
n préfente . . j^ . . . . . ont rendu 

Ajiji 



(6) 

Continue de. nous exaucer , car 
nos jours n'ont été que des jours 
de malheur. 

Nous avons féché comme Therbe 
des champs, parce que les vau- 
tours s'engraiflbîent dç la nourri- 
ture qu'ils nous avoient arrachée. 

Nous ne pouvions pas te bénir , 
nous étions trop malheureux. 

Les vexations croiffantes & con- 
tinuelles des traitans , le luxe & 
l'effronterie des nouveaux & des 
d^nciens parvenus j les rapines faites 



«renfemblede l'organilationdes états généraux.,, 
» très - difficile , & fouvent imparfait ». Qi incon- 
vénhnt n cm pas cxifié ^ Jl ton eût Juivî une marche 
entièrement libre , & trace feulement par la raijoa. ^ 
par l'équiù. 



à Tombre des autels , refclavagè ré-^ 
voltant & fans fin, fous lequel nou9 
gémlffons , ëtoient des obftacles tou- 
jours renalffans au bonheur de tort 
peuple, & aux bénëdl&ions q^u'll 
defîroit pouvoir te donner. 

Tu étoîs étonné de ne pas recon- 
noître les defcendans de ce peuple 
qulembelliflbit les jours deHenrilV, 
tu demandois, tu cherchois lescaufes 
qui les avoient changés à ton égard, 
mais c'étoit en vain ; les riches 
avoient trop long-tems vieilli dans 
leurs intérêts pour ne pas te les 
déguifer. Les courtifans étoient trop 
rufés pour te dire la vérité ; ils n'i- 
gnoroient pas qu en découvrant ces 
caufes, toute leur injuftice. paroi- 
trcit au grand jour^ & qu'ils cef^ 

A k 



feroient d'avoir le bonheur d'être 
îios tyrans» 

Et nous, que faiftons -nous? Nous 
gémiflions , nous n'ofions nous 
plaindre. Semblables aux oife^-ux 
noâurnes^ nous redoutions [a lu- 
mière, nous ne pouvions pas même 
efpérer qu'un jour viendroit où 
nous ne ferions plus les viftimes 
des titrés i puifqu'ils étoient tout-^ 
puiffants , qu'ils fayoient dëtourner 
ks juftes plaintes que nous for- 
mions , & qu'ils changeoient en cris 
de rébellion ^ celles qu'ils ne pou- 
voient empêcher d'arriver à toi^ 

Cependant nous avions veille, 
nous avions travaillé ^ & c'etoit 
ceux qui jouiflfoient du fruit de ces 
tr5i.vau:ji ,^ c'étoit ceux pour qui 



ces velltes étoîent employées , quî 
tramoient notre ruine , qui filoient 
ws maux. 

Cependant nous verfions notre 
(^Xïg dans les armées, & on nous 
traitoit enefclaves j on nous payoit> 
difoit-on, on payoit le fang des 
hommes ! On nous récompen- 
foit , & quelle récompenfe ! On 
nous aççordoit ce que les, nations 
les plus fauvages ne nous auroient 
pas rçfufé^ la nourriture. 

Cependant nous défrichions ^ 
nous cultivions les campagnes , 
nous reculions les Umites du com-^ 
merce , Çc l'efprit du fifc^ & les 
traiîans çalculoient les biens qu'ils 
pourroient retirer de notre aâivitéj 
en re4oubKint les impôts. 



(do) 

Lé noble calculoit froidement^ 
dans fon cabinet, les gouttes de 
fang que devroient répandre les. 
membres du tiers-état, pour par- 
venir au degré que lui montroit de 
loin fon infatiable ambition. 

Un pafteur vertueux fe voyoit 
forcé d'abandonner fes chères bre- 
bis, pour venir implorer Taffiftance 
& le fecours du vice triomphant. 

Deux ordres fe réuniflbient pour 
accumuler nos maux, & pour in- 
fui ter à notre mi fer e. 

Les uns nous regardoient avec 
dédain , parce que nous ne poffé- 
dions pas , comme eux , des places 
qui nous autorifoient à ruiner nos 
créanciers; parce qu'une longue 
fuite d'aïeux ne formoit pas la 



chaîne de nos familles ; parce que 
nous n'avions point de parchemins 
qui nous tinflent lieu de vertu 5, 
qui nous exemptaflent d'être utiles 
à notre patrie , & qui nous aflu- 
raffent l'impunité de nos brigan- 
dages : ils nous regardoient avec 
dédain parce que nous ne connoif- 
fions point l'art de corrompre les 
mères de famille , parce que nous 
n'avions point le goût affez délicat, 
aflez honnête pour pafler les nuits 
dans un fcandaleux brelan, pour 
nous coucher le matin & nous le- 
ver le foir. 

Les autres nous infultoie nt tous 
le jour, & nous faifoient quelque- 
fois brûler parce que nous leur 
reprochions leurs vices 3 & que 



■■^M 



nous leur rappelllons les vertus que 
leur état exigeoît; parce que nous 
voulions qu ils fuffent fîmples > qu'ils 
fuiviflent les préceptes d'une reli- 
gion à qui ils ont fait plus de mal 
que tous les Athées & les Déiftes 
enfemble ; ils nous infultoient parce 
que nous leur redemandions les 
biens que leur charlatanlfme avolt 
çnlevé à nos pères, & dont Fini- 
menfité atteftoit la grandeur de leur 
fourberie. 

Tous deux enfin nous mëpri- 
foient, parce que nous ne pou- 
vions pa« encore dire à tout Tunl- 
vers , qii' un fimple pafteur qui fe 
contente de fa chaumière y qui re^. 
trace les vertus tranquilles des pa- 
triarches qui lui fervent de modèles j 



(m) 

qui compte fes jours par fes bîefâ» 
faits 3 par les malheureux qu'il 
fouftrait du moins à l'indigence^ 
à la rapacité des gens du fifc & à 
la brutalité de leurs vils fuppôts^' 
eft un Dieu fur la terre , eft celui 
que nous devons écouter^ eft celui 
que nous devons eftimer, & non 
pas les fainéans qui s'honorent de 
leurs palais cimentés des larmes 
du peuple , qui ne comptent leurs 
jours que par de nouvelles rapines; 
& qui doivent tout ce qu'ils font à 
leurs dignités. 

Ils nous méprifoient parce que 
le moment n'étoit pas encore venu 
où nous devions entrevoir que ce 
n'étoit ni les bâtons , ni les ru- 
bans, ni les croix, ni les crofles; 



Hî les mitres, ni les robes qui ren* 
doient les hommes puîflans & pré- 
cieux à l'état 3 mais feulement les 
vertus qu'on pratiquoit^ mais feu- 
lement les fervices qu'on rendoit à 
fon roi. 

; Mais toi , Prince humain , tu t'es 
toujours montré notre protefteur; 
auffi nous ne perdrons jamais le 
fouvenir de tes bienfaits , & ils paffe- 
ront de génération en génération. 
Tu es venu à nous , tu as vu les 
maux qui nous accabloient, & tu 
en as été touché. 

A ton nom, toutes les nations 
feront faifies de refpeâ: , & Ton en- 
tendra, pour la première fois peut- 
être , les rois publier les vertus 
d'un roi & annoncer fa gloire. 



(■s) 

Tu as commence à délivrer ton 
peuple de l'efclavage^ & tu vas en 
faire un peuple libre. 

On avoit jufqu'à préfent méprifé 
nos prières, tu les as écoutées. 

Les effets de ta juftice iront à la 
poftérité; & nos neveux, fâchant 
qu'ils gémiroient encore fous Fefcla- 
vage des grands fi tu ne nous avois 
prêté ton fecours , apprendront à 
leurs enfans que c'eftàtoi qu'ils doi- 
vent leur liberté, & ceux-ci n'auront 
d'autre foin que d'apprendre aux 
leurs à chanter les louanges du li- 
bérateur de la nation, 

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